L’histoire de ce théâtre et de son seul véritable patron, Guignol, commence avec un canut lyonnais : Laurent Mourguet (1769-1844). Le jeune tisserand traverse, comme la plupart des français en 1793, une crise de l’emploi qui le pousse à se renouveler. Il décide alors de se faire marchand forain dans le quartier St-George, à Lyon. En 1795, il déménage Place Boucherie-St-Paul, tout près de l’actuel Théâtre Le Guignol de Lyon. 

Plaque mémorielle inaugurée le 7 mai 196
Guignol et Gnafron

En 1797, Laurent Mourguet se fait arracheur de dents, et s’entoure de quelques marionnettes à gaine italienne, les burattini, grâce auxquelles il rassure et distrait ses patients. Le dentiste improvisé, aidé de ses filles, interprète le répertoire italien traditionnel, mais s’autorise très régulièrement des spectacles d’improvisation. Cette technique de création devient d’ailleurs rapidement la base de son art, qu’il pratique en tant que professionnel à partir de 1804. Il manipule dans un théâtre co-fondé avec Thomas Ladré, dit “le Père Thomas”, qui lui aurait servi de modèle pour la première marionnette de Gnafron.

Guignol apparaît, selon la tradition, en 1808. Son apparence serait un autoportrait de Laurent Mourguet, tandis que son costume serait inspiré d’un personnage de la crèche que le marionnettiste animait alors : le Père Coquard. Il remplace Polichinelle, que Laurent Mourguet manipulait avant lui, et s’exprime sur l’actualité et la vie quotidienne lyonnaises.

Guignol. L'Illustré des provinces et des colonies. 1924.

Le premier théâtre Guignol apparaît en 1838, au café du Caveau des Célestins. Il est créé par Etienne Mourguet et Louis Josserand, respectivement fils et petit-fils de Laurent Mourguet qui les accompagne jusqu’à sa mort en 1844. En 1852 le fils d’Etienne Mourguet ouvre un autre théâtre de Guignol, celui de la rue Port-du-Temple. Peu à peu les théâtres dits “de Guignol” se développent en France. A Lyon, on peut citer celui du Passage de l’Argue où se forme Pierre Rousset.

Mais le canut lyonnais perd de son influence avec la montée en puissance de la presse. Le public de la tête de bois s’embourgeoise et les marionnettistes délaissent progressivement l’improvisation et les cafés au profit d’un théâtre de salon et de parodies écrites.

En 1907, Pierre Neichthauser, époux d’Eléonore Josserand, elle-même arrière-petite-fille de Laurent Mourguet, fonde avec Ernest Neichthauser le théâtre du quai Saint-Antoine. Ce grand théâtre de Guignol contribue à redorer l’image de la marionnette à gaine en France et à l’étranger, notamment auprès de personnalités telles que Fernandel et Joséphine Baker. Ainsi institutionnalisé, Guignol jouit à nouveau d’une grande popularité auprès du public, et ce jusqu’à son déménagement au 2 rue Louis Carrand.

C’est en 1966 que Hélène et Jeanne Neichthauser sont contraintes de léguer plus de 265 marionnettes ainsi que leurs textes et décors à la ville de Lyon, qui les installe au 2 rue Louis Carrand, dans les caves du Palais Bondy.

Jean-Guy Mourguet, Guignol et Gnafron

Les Neichthauser quittent la rue Louis Carrand en 1981. C'est un autre membre de la descendance du créateur de Guignol qui prend la direction du théâtre, en 1983 : Jean Brunel, dit Jean-Guy Mourguet. Le comédien Christian Cappezzone lui succède en 1990, puis la Compagnie des Zonzons en 1998.

La Compagnie M.A., créée auparavant en 2010 par Emma Utges, reprend enfin la direction du Théâtre Le Guignol de Lyon en 2017. Elle crée et joue dans la salle Neichthauser encore aujourd'hui, et espère vous accompagner dans ce théâtre encore longtemps !

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SOURCES

FOURNEL, Paul. L’Histoire véritable de Guignol. Editions Fédérop. Paris, 1975.

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BRIONE, Isabelle. "Jean-Guy Mourguet et Guignol : retour sur un vie de Saltimbanque", Le Progrès. 2019.